ABEL PRADALIÉ

  • 2018

MARS, Espace Julio Gonzalez, Arcueil

  • 2017

To Paint is to love again, Galerie Clémence Boissanté, Montpellier

  • 2016

Contes d’Eden, Galerie Detais, Paris

  • 2015

Sauvage, Espace d’art contemporain St Pierre, Compiègne

  • 2011

Histoires Naturelles, Galerie Françoise Besson, Lyon

  • 2009

Fantasmagories, Galerie Iragui, Moscou

  • 2008

Solo Show, Institut Français de Madrid

  • 2006    

Stop Madrid, Maison des Arts (MAC), Créteil

  • 2018

Toi aussi, Brutus, Galerie Detais, Paris

  • 2017

Voilà l’été, Galerie Clémence Boissanté, Montpellier

  • 2016

La Vie de Château, Galerie Detais Paris

L’imbécile a dit, Galerie Detais, Paris

Trivialité, Galerie Detais, Paris

La jeunesse de l’impressionnisme, Musée Fabre, Montpellier

  • 2012

Tout s’éteindra, Galerie Françoise Besson, Lyon

  • 2011

Portraits de Famille, Galerie Yves Faurie, Sète

  • 2008

SOFF Art Fair, Londres

  • 2007

Art Shanghai, Galerie Louise W, Shanghai

Abel Pradalié. La matière fantôme.

Tels des vestiges archéologiques déterrés et révélés au jour de la modernité, les figures, les paysages qui surgissent de la matière sont traces d’une mémoire fantôme. Grandes et intimes, les histoires dépeintes greffent lignes et thématiques immuables à la chair d’une réalité quotidienne. Entre réalisme et abstraction, trivialité et solennité, érotisme et inquiétude, ces fictions humaines s’incarnent dans la matière de façon ambivalente. Elles vont et viennent dans l’imaginaire, se donnent, se métamorphosent, disparaissent. Comme un rêve. Spectre clair obscur.

« Redonner de la chair à des lignes éternelles »

Dans les tableaux d’Abel Pradalié, paysages et figures proviennent de sources diverses. De la grande peinture classique et réaliste. L’artiste a particulièrement regardé Franz Halz, Rubens, Jordaens, Courbet et Frédéric Bazille. Mais aussi de photographies trouvées au hasard, de saisies sur le motif ou d’après des modèles à l’atelier. Eternel et transitoire ainsi se mêlent. La passé se greffe au présent et trouve des résonances avec l’histoire intime de l’artiste. Là une réflexion sur les métamorphoses d’Ovide, interrogeant la dimension païenne du lien entre homme et nature, se décale vers une mythologie personnelle dans une série d’œuvres où les figures représentées (un jogger dans les bois, suivis par des sangliers et un loup) sont inspirées de scènes vues en rêve, de gens rencontrés ou de choses vécues à la campagne. Ici la posture d’une figure empruntée à un tableau de Bazille réapparaît sous les traits d’un modèle contemporain. Là encore le rapport au père, l’idée de passage, de filiation et de mort, fait autant écho à des choses pressenties et des souvenirs personnels qu’à la destinée d’Hemingway, l’artiste mêlant aux représentations de son fils la présence de l’auteur disparu dont le surnom était « papa ».
« Je tente d’habiller les thématiques immuables des oripeaux de mon époque et des préoccupations qui l’animent. J’essaie de donner de la chair commune (au sens noble) à des lignes éternelles. Je suis pour cela sensible au cinéma de De Palma dont la liberté “pop” propose une approche contemporaine, humaine de l’Universel. Le plan séquence notamment redonne de la chair – car de la continuité temporelle – aux grands postulats dramaturgiques. Il rend fluide et abordable des problématiques quasi mythologiques. J’aime ces mélanges, cette façon de juxtaposer modernité et grande Histoire, amples mouvements sentimentaux et vulgarités communes. Ma quête ne serait pas tant celle d’une hybridation réussie entre mes références aux grands maîtres et les mouvements de mon temps que celle de l’archéologue qui voit dans tout ce qu’il déterre une révélation de la modernité qu’il vit en tant que chercheur de son époque».

« Une peinture lisible et obscure »
Cette mémoire hybride se donne au regard et en même temps nous échappe. « Je suis abreuvé d’images et ces dernières, confrontées à mon intimité, alimentent et fertilisent mon parcours à travers des peintures dont j’aime à penser qu’elles sont à la fois lisibles et obscures ». Si le travail d’Abel Pradalié s’inscrit dans une tradition réaliste, la représentation dans les tableaux demeure ambivalente. Certains éléments relèvent d’une figuration précise tandis que certaines zones, comme les fonds, demeurent plus abstraites. « Je suis un peintre assez réaliste mais j’aime qu’il y ait du plaisir dans le travail de la matière. Je n’aime pas exécuter un tableau en sachant ce qu’il va être à la fin. J’aime que la peinture me surprenne. Ce qui me plait ce sont les endroits où le hasard intervient. J’aime bien aussi qu’il y ait une densité dans le tableau de choses qui ne sont pas vues, qu’il y ait des sortes de fantômes en dessous. Cela m’arrive de faire un tableau, de le gratter, de l’effacer et de garder les traces de ces effacements. C’est dans la matière que tu entrevois des choses qui ont été, qui ont disparu, qui ont changé ». Variant les outils (spatule, chiffon, pinceau, couteau), l’artiste aime diversifier les matières. Accident, grattage, raclage, essuyage, recouvrement, métamorphose : autant d’effets qui à la fois donnent forme et contrarient la saisie de l’image.
La présence des corps, inscrits de façon décalée et insolite dans les paysages, est elle-même souvent énigmatique. « Ce décalage en peinture m’intéresse. Il y a cela dans la peinture de Courbet qui mêle travail sur le motif et personnages travaillés à l’atelier, créant ainsi des tableaux réalistes mais toujours un peu bizarres. Je me suis aussi intéressé aux paysages et scènes galantes de Watteau derrière lesquelles se dégage quelque chose de plus lourd et dangereux ». Dans les représentations de nus que peints Abel Pradalié, ressurgit une même sorte d’étrangeté ambivalente. Ici une femme nue, assise de façon impériale, devant des montagnes, apparait un peu flottante et fantomatique : est-elle posée sur l’eau ou sur un rocher ? Là dans un bois, le fragment d’un corps de femme dont le derrière dénudé apparaît à travers les feuillages : est-ce une victime découverte ou une scène érotique ? Ici encore, apparaissant en lévitation sur un fond de fumée, une figure prise dans un incendie dont le corps nu est saisi dans une pose classique à la fois érotique et inquiétante. Apparition onirique d’une obscure clarté qui parait à la fois songeuse et mourante.